L’imprudence – Loo Hui Phang

Loo Hui Phang nous offre un premier roman à la langue magistrale où tous nos sens se réveillent.

La narratrice nous narre l’histoire de sa famille qui a fuit le Laos, sa relation conflictuelle avec son frère, ses nombreux amants… À la mort de sa grand-mère maternelle, sa mère, son frère et elle retournent au Laos pour l’enterrer. Seul membre de leur famille restant dans la maison familiale, son grand-père. Ses retrouvailles seront l’occasion d’apprendre des secrets familiaux, d’en apprendre plus sur l’histoire qui unissait son grand-père et sa grand-mère et de tenter de renouer avec son frère.

L’auteure évoque tous les problèmes qu’ont certains enfants issus d’une double culture : la perte de la langue maternelle, la volonté de ne parler que dans sa langue maternelle, la difficulté de s’intégrer dans une autre société, la culpabilité d’être parti, le fait de paraître tel un étranger au moment de revenir au pays. L’auteure se sert de cette soeur et de ce frère pour exprimer tous les conflits intérieurs qui peuvent naître d’une double culture. La soeur a quitté le Laos à l’âge d’un an, elle parle un vietnamien bredouillant, a quitté sa famille une nuit, et ne se sent ni laotienne ni vietnamienne quand elle rentre au pays, et elle est perçue comme une étrangère par les locaux. Son frère quant à lui a quitté son pays à l’âge de douze ans, ne s’en est jamais remis, la culpabilité le rongeait de n’être auprès de ses proches. Il avait tout pour réussir mais a tout lâché du jour au lendemain, s’enfermant chez ses parents et menant une vie à base d’herbe et de jeux vidéos.

La narratrice est très touchante, on voit qu’elle aime sa famille, mais qu’elle ne peut s’empêcher de mettre une certaine distance avec eux. On lit ses doutes, ses tiraillements, son amour.

L’auteure utilise une langue très puissante, chargée de poésie et d’images. C’est une langue vive, incisive, qui se saisit d’un détail et le décortique jusqu’à l’os. Les mots vibrent et virvoltent. C’est beau. La narratrice interpelle souvent son frère en utilisant le « tu », nous plongeant au coeur de cette relation touchante. Le récit oscille entre imprudence et impudeur.

Un très beau roman où la langue est reine.

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